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15 Juillet 2026

Le 15 juillet, l'Église fête saint Bonaventure, l'un des plus grands docteurs du Moyen Âge. À l'occasion de la parution de Le Chemin du Soleil, première biographie française depuis 1966, son auteur Marc Ozilou revient pour Aleteia sur la vie, la pensée et l'actualité spirituelle de ce disciple de saint François.
Voici un livre qui comble un vide biographique vieux de soixante ans exactement avec Saint Bonaventure, un maître de sagesse, écrit par le père Jacques-Guy Bougerol en 1966. Car saint Bonaventure, le Docteur Séraphique demeure un monument de la pensée catholique : cardinal, maître à la Sorbonne, ministre général des franciscains, auteur de la toute première théologie de l'Histoire. Docteur en philosophie, spécialiste en théologie médiévale et traducteur de ses grands textes, Marc Ozilou relève ici un double pari : rendre Bonaventure accessible à tous, sans rien sacrifier aux exigences du lecteur universitaire.
Aleteia : Quel était l'objectif de cette biographie, la première depuis 1966 ?
Marc Ozilou : C'était remédier à un manque certain. L'objectif est de faire connaître saint Bonaventure comme docteur de l'Église, l’un des esprits plus brillants du XIIIe siècle, qui se tient face à Thomas d’Aquin. La difficulté du livre était de présenter Bonaventure à la fois comme un saint vénéré par tous et comme un docteur de l'Église connu que de quelques-uns. Mais ce fut aussi la joie d’écrire ce livre : trouver un chemin intermédiaire entre le grand public et le monde universitaires. C’est ce que montre le titre Le Chemin du Soleil, qui symbolise la démarche de Bonaventure au long de sa vie. Le soleil, c’est l'astre qui illumine, c'est aussi l'astre qui traverse la nuit. Nous connaissons tous la lumière de la vie, celle de la science et celle de la foi. Mais nous connaissons aussi la nuit : le doute qui accompagne la foi, l’ignorance qui côtoie la science et la maladie qui atteint la vie. Bonaventure qui nous apprend à traverser ses nuits, par science comme par sa sainteté, sera notre guide sur ce chemin du soleil.
Pourquoi utiliser des "personnages conceptuels" pour faire parler saint Bonaventure lui-même ?
Ils sont acteurs du dialogue intérieur de Bonaventure avec lui-même. C’est pour l'incarner concrètement en cette période de l’histoire. Non seulement un lecteur non spécialiste a besoin de le voir vivre, entouré de figures réelles comme son père médecin ou frère Hubert. Mais ce sont aussi ces multiples rencontres qui ont fait de lui un docteur de l’Église. À titre d’exemple, même avec peu de documents, cela permet de décrire une enfance marquée par la maladie. Bonaventure devient ainsi un frère en humanité, et peu à peu un ami.
Peu importe à saint Bonaventure d’avoir raison contre quiconque. Ce qu’il veut c’est conduire les hommes au Christ qui est l’unique Maître.
Votre formule sur Thomas d'Aquin et François d'Assise tranche-t-elle un vieux débat ?
Non, elle montre que Bonaventure reste avant tout un disciple de François. Bonaventure ne serait pas Bonaventure sans François. Ce qui n’est pas le cas avec Thomas. La plupart du temps, Bonaventure qui est l’aîné de Thomas, n’a pas à prendre position vis-à-vis de Thomas. Sa pensée est maîtresse d’elle-même. De plus, peu lui importe d’avoir raison contre quiconque. Ce qu’il veut c’est conduire les hommes au Christ qui est l’unique Maître.
Parmi les douze thèmes de sa pensée, lequel est le plus urgent pour un croyant aujourd'hui ?
"Le Christ, centre et sommet de tout savoir." Toute connaissance, comme toute pratique, doit conduire à aimer Dieu davantage, et ne jamais s'arrêter à elle-même. Bonaventure aimait railler ceux qui, au nom de la théorie du juste milieu d'Aristote, reprochaient aux religieux leur chasteté : si n’avoir aucune femme et les avoir toutes sont des extrêmes, faudrait-il dire que le juste milieu serait d’avoir la moitié de toute femme ? C’est évidemment ridicule. L’équilibre, le centre véritable, n’est pas une moyenne, mais un sommet ! Perdu par la chute, comme le chrétien le sait, ce centre a été rétabli par l’incarnation du Christ.
Vous déconstruisez la légende du prénom "Bonaventure". Expliquez-nous.
Trois indices l'établisse : la chronologie, qui exclut que François ait croisé l'enfant malade, là où il se serait exclamé "O buona ventura !" ; le refus, chez François de tout nom commençant par "Bon", puisque Dieu seul est bon ; et le prénom réel de Bonaventure, qui était Jean, comme saint François. Ce surnom viendrait plutôt d'une dévotion à saint Eustache. Eustache est le nom que lui donnent les émissaires grecs au Concile de Lyon II. Une hypothèse qui n'ôte rien à sa sainteté : l'amour qu'il portait à Dieu se suffit à lui-même.
https://fr.aleteia.org/2026/07/14/saint-bonaventure-un-guide-pour-traverser-les-nuits-de-la-foi/